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Journal du Jura 10.07.1997

Performance théâtrale "12 heures en mouvement"

La marche au bout de la nuit

Par Cathérine Favre

Douze heures de marche à travers la nuit: le metteur en scène biennois Thomas Zollinger propose, les 18 et 19 juillet prochains, une performance directement inspirée du "Théâtre rituel". Danseurs, comédiens, musiciens évolueront dans les rues de la ville en un ballet initiatique où acteurs et spectateurs se confondent. Vaste comédie humaine en version expérimentale.

Installé depuis une dizaine d'années daans la région biennoise, Thomas Zollinger travaille à l'enseigne du "théâtre rituel"; sa troupe formée au gré de l'inspiration, est constituée de comédiens, de musiciens. d'artistes peintres, professionnels et non professionnels... "L'art est un tout, constamment en mouvement; l'espace concret d'une scène de théâtre n'étant qu'un élément de quelque chose de beaucoup plus subjectif où les rôles entre acteurs et spectateurs se confondent..." Son parcours d'homme de théâtre, Thomas Zollinger le résume en quelques mots: "J'étais un instituteur contraint, forcément malheureux, ne pouvant se satisfaire des conventions établies; le théâtre et l'écriture s'imposèrent comme les seuls cheminements possible..." Sa démarche tout entière inscrite dans ses rêves d'absolu, Thomas Zollinger se définit lui-même comme un homme en "perpétuelle recherche". Et sie, pour l'heure, son travail se cantonne aux cercles d'initiés, il n'en a cure et vit au quotidien les délices de "cette espèce de morsure concrète que comporte toute sensation vraie" (Antonin Artaud). Rösolument affranchi des contingences et des contraintes du théâtre traditionnels, il a fait des ses interrogations existentielles, le centre d'une étrange pantomime, annihilant toute convention sociale. Des spectacles ou plutôt des "non-spectacles", où les codes établis semblent perdre toute signification... Sortant le théâtre du jeu convenu entre acteurs et spectatuers, il ne craint pas d'opposer le vide d'une scène désértée à quelque réplique imaginaire du public.

Quadrature de cercle?
Le projet qui trouvera son aboutissement les 18 et 1 9 juillet dans le cadre du festival "Pod Ring", est né d'une longue recherche sur le mouvement aus sens philosophique du terme. Toute la démarche de Thoams Zollinger s'inscrit dans un espace où tout changement, toute évolution est fonction du temps qui passe inexorablement. C'est ainsi que sont nés les "12 heures en mouvement", projet sur lequel il travaille depuis plusieurs années. Douze étapes marquant la quadrautre du cercle sur le cadran d'une horloge. Depuis le mois d'avril jusqu'à aujourd'hui, Thomas Zollinger et son équipe de danseurs, d'acteurs, de musiciens se sont réunis exactement 12 fois pour travailler sur un thème donné. Exemple: samedi dernier, l'athlète Daniel Brot était invité dans la perspective "d'intégrer la notion de performance sportive à notre travail sur le mouvement. L'athlète qui s'entraîne à courir toujours plus vite, se trouve ici confronté à une autre notion du temps où chacun est totalement libre de définir son propre rhythme..."

Ce prochain dimanche, onzième et avant-dernière étape avant l'apothéose finale, débute unse semaine consacrée à la préparation de la performance du 18 juillet. Chacun est invité à participer. Thomas Zollinger escompte bien recruter quelques candidats supplémentaires pour l'ultime performance: "Les gens n'auront rien d'autre àfaire que marcher... Marcher durant... 12 heures. La performance commencera le samedi soir à 20 heures pour se terminer le dimanche matin à 8 heures. Bien sûr, si quelque'un est fatigué, il peut abandonner la partie en cours de route. C'est là que réside tout l'intérêt d'un espace scénique quise vide de tout acteur... amenant le spectateur à se poser des questions, donc à se faire acteur lui-même."

Christian Mattis à l'affiche
Les Biennois auront ainsi l'occasion d'assister à une expérience pour le moins originale: 12 heures durant, une vingtaine de personnages d'une fresque qui est encore à inventer, évolueront dans des lieux symboliques définis comme des espaces privés, publics et artistiques... A la place Centrale (espace public), on "verra" le mime Christian Mattis ((l'incarnation de l'art) arpenter le toit de l'abribus. Nuit et jour, il fera les cent pas sur son perchoir avec pour seule liberté celle de ralentir ou d'accélerer son allure "martelant ses cheminements intérieurs"! Ailleurs en ville, d'autres professionnels de la scène se livreront à des exercices similaires. Thomas Zollinger: "Le facteur temps est essentiel pour les acteurs comme pour les spectatuers. Au début, les rôles entre les uns et les autres semblent clairement définis... Mais auf fur et à mesure que le temps passe, la fatigue et la lassitude ont raison des conventions. Après six heures de temps, les gens se contentent généralement de marcher lentement, machinalement; mails ils continuent de marcher comme s'ils parvenaient à un état de calme intérieur, de sérénité..."

Dans la volonté toujours de redéfinir les pourtours des conventions sociales, Thomas Zollinger a invité des personnalités politiques biennoises à se joindre au groupe. L'exercice consistant pour ces dernières à demeurer 12 heures d'affilée enfermées dans un lieu clos, avec pour seul lien avec le monde éxtérieru une fenêtre éclairée... "Malheureusement, je n'ai pas trouvé de candidat qui soit prêt à tenter cette expérience..."

Si les buts poursuivis par Thomas Zollinger sont multiples, on retrouve cependant toujours les mêmes interrogations renvoyant à la grande comédie humaine que se jouent les hommes depuis la nuit des temps: "Qu'est-ce que le théâtre? C'est bien là toute question!"efforçons justement de supprimer!" (C.S.)